Une vie tournée vers l’histoire

Françoise Job a écrit 18 livres consacrés notamment à l’histoire des juifs de Lunéville et de Meurthe-et-Moselle. Le dernier ouvrage de cette octogénaire, docteur en histoire, rédigé avec son époux, vient de sortir.

L’histoire, c’est sa passion. Bachelière en 1947, « avec la première génération de filles de mineurs qui allaient jusqu’au bac », cette fille de Valenciennes poursuit alors ses études en faculté d’histoire à Strasbourg, jusqu’en licence : « Ma mère était alsacienne », précise-t-elle.

 

Le 1er  décembre 1954, elle unit sa destinée à celle de Sylvain Job, fils de Sam Job, une vieille famille de marchands de bestiaux puis de marchands de biens originaire d’Einville-au-Jard. Deux enfants naîtront de leur union, à qui elle consacrera tout son temps : « Mon mari avait un métier très prenant », précise l’universitaire.

 

Les enfants grandissant, elle effectue des remplacements comme professeur d’histoire géographie. Elle a aussi donné, pendant sept ans, des cours à l’université de Nancy II, ainsi appelée à l’époque, sur l’histoire des juifs en Espagne et au Moyen-Âge dans le cadre de l’institut d’hébreu. Ses enfants déjà adultes, elle décide de se lancer dans l’écriture d’une thèse sur « les Juifs de Lunéville au XVIIIe et XIXe  siècles » avec M. Cabourdin, professeur d’histoire moderne à Nancy II. « J’avais publié beaucoup d’articles dans des revues savantes juives. Je me suis dit autant continuer : ma thèse reprenait mes articles. » Elle décroche son doctorat après cinq ans de travail, à 57 ans, en 1988. « Après, j’ai continué à faire beaucoup de recherche à titre personnel. »

 

Elle consacrera le premier de ses 18 livres aux cahiers de doléances des corporations de Lunéville, publié par la BNF ! « Il a obtenu le prix Louis Marin de l’académie Stanislas. » Ses ouvrages sont des mines d’or pour les historiens et apprentis historiens qui travaillent sur l’histoire des juifs de Lunéville et de Meurthe-et-Moselle. Comme les lycéens de Bichat de 1re  ES 4 qui se sont servis de son livre consacré au camp d’internement d’Écrouves.

 

Les témoignages pleuvent de familles dont les proches ont disparu : à travers ses livres, elle leur permet de revivre. Comme ces trois femmes du Blamontois, en couverture de son dernier ouvrage « Les Juifs de Lunéville 1939-1945 », publié par le Cercle de généalogie juive de Paris. « C’est la liste des Lunévillois augmentée de ceux expulsés d’Alsace et de Moselle. Mon mari a travaillé près de dix ans dessus, avec la liste des arrestations, des déportations et la liste très courte des rescapés », dont la saisie sur ordinateur a été réalisée par Françoise Job. « Sur les trois femmes en couverture, seule la plus âgée de 97 ans a survécu, la seule de toute sa famille. Elle a été placée en maison de retraite où elle est décédée quelques mois après sa sortie du camp. Sa famille ne savait pas ce qu’elle était devenue. »

 

Françoise Job se consacre à la généalogie, des familles juives et non juives. « Je continue à travailler quasi quotidiennement. Par internet, on me demande toujours des renseignements », explique celle qui participe à des cercles de généalogie juive de Paris « car c’est ma spécialité. Et la généalogie, c’est un complément qui m’amuse ».

 

Source : L'Est Républicain