Quand la généalogie génétique aide la police mais soulève des questions éthiques

Washington, le samedi 2 juin 2018

 

Si vous avez des velléités criminelles ou si vous avez déjà commis l’irréparable, priez pour qu’aucun membre de votre famille n’ait eu l’idée d’utiliser un échantillon de salive pour faire réaliser des analyses génétiques afin d’établir un arbre généalogique. Et donner à votre prière un caractère exhaustif : elle doit s’étendre à tout cousin, même le plus éloigné.

 

Des bases de données bien plus complètes que celles de la police !

 

Aux Etats-Unis, savoir d’où l’on vient, qui appartient potentiellement à votre famille, avec qui vous partagez des nucléotides en commun, est devenu une véritable mode. De nombreuses sociétés proposent une analyse de votre génome afin de réaliser des arbres généalogiques génétiques de plus en plus complets et complexes. Le pouvoir de séduction de ces entreprises est tel, qu’elles disposent aujourd’hui de bases de données considérables, dont certaines, comme celle de GEDmatch, sont publiques. La police observe avec un mélange d’admiration et de jalousie la multitude de ces informations. Aujourd’hui, elle a décidé d’y puiser pour élucider des affaires irrésolues.

 

Cold Case

 

Pendant plusieurs décennies, le tueur du Golden State aux Etats-Unis, soupçonné d’avoir assassiné douze personnes et d’en avoir violé une cinquantaine, est demeuré introuvable. Toutes les investigations policières ont échoué. Mais Paul Holes qui a consacré une grande partie de sa carrière d’enquêteur à l’élucidation de ce mystère a refusé de s’avouer vaincu.

En 2017, il a eu recours aux informations du site GEDmatch. La comparaison entre les données de la base et un échantillon d’ADN du tueur prélevé en 1980 a permis d’identifier une vingtaine de personnes partageant des caractéristiques génétiques avec lui. Des ancêtres communs, vivant au début du XIXème siècle ont pu être identifiés : les arrière-arrière-arrière grands-parents du tueur. La lignée a ensuite été reconstituée et l’ensemble des membres de la famille vivant aujourd’hui ont été identifiés. Puis une enquête plus classique a conduit à retenir deux personnes dont l’âge et le parcours pouvaient l’avoir conduit sur les lieux de ces crimes odieux. Joseph de Angelo, un ancien policier de 72 ans, figurait parmi ces deux suspects. Un échantillon de son ADN, recueilli sur un objet qu’il avait jeté, a pu être comparé à celui du tueur : l’énigme était enfin résolue.

Quelques semaines plus tard, une autre équipe de police américaine révélait avoir eu recours à la même technique pour découvrir l’auteur d’un double meurtre perpétré en 1987 dans l’état de Washington. Là encore, trente ans après les faits, un homme a pu être arrêté et sa culpabilité ne fait quasiment aucun doute.

 

Dilemme éthique moderne

 

La fin heureuse de ces enquêtes policières a été saluée par tous outre-Atlantique. Mais un certain malaise accompagne ces réussites. Elles posent en effet une nouvelle fois la question de la protection et de l’utilisation de données que nous transmettons tous les jours, le plus souvent de manière peu raisonnée et sans conscience des utilisations potentielles. « Sans se méfier, des millions d’Américains ont mis en ligne leur ADN sur ces sites de généalogie, probablement sans la moindre idée que la police pourrait un jour s’en servir pour traquer d’éventuels criminels – leurs parents », remarquent des experts dans le Washington Post. Cependant, même si les mises en garde ne sont souvent pas lues, l'utilisation  potentielle des données à d’autres fins n’est majoritairement pas cachée par les entreprises d’analyses génétiques. Sans doute, l’information et les mises en garde devraient se faire plus précises, car le recours à ces sites pourrait répondre à des intentions moins louables que l’identification d’un tueur redoutable.

 

Par ailleurs, les sites de généalogie ne représentent pas toujours une méthode d’investigation infaillible comme l’avait mis en évidence 2014 aux Etats-Unis l’interpellation d’un homme sur la foi d’informations récoltées grâce à la base de données Ancestry, qui s’étaient finalement révélées erronées.


En France, la régulation du marché des tests génétiques protège de manière relative de telles situations. Mais rien n’interdit aux Français de se tourner vers les firmes étrangères, tandis que l’on peut se demander s’il n’est pas obtus et regrettable de se priver totalement des potentialités offertes par la généalogie génétique…

 

Aurélie Haroche


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