Mort au front comme son frère en 1915, la famille n’avait jamais pu retrouver sa dépouille. Catherine Grisel a pu la localiser à Badonviller… 102 ans après. Une grande émotion pour cette famille vésulienne.
La mort de Jules et André planait dans la famille Prudhon pendant plus d’un siècle.
Comme dans combien d’autres familles ? Les deux jeunes frères morts au combat pendant la guerre n’avaient jamais été retrouvés. « On en parlait assez souvent. C’étaient les deux oncles de ma maman. C’était comme ça. Ils avaient trois sœurs. L’une d’elles avait tenté de faire des recherches mais sans succès ; elle a écrit partout sans jamais obtenir de réponse ».
Et puis Catherine Grisel, jeune retraitée des archives départementales, a eu l’idée d’effectuer des recherches sur le site « Mémoire des Hommes » qui met en ligne des milliers de documents d’archives concernant les différents conflits. Et là, enfin, le nom de Jules Prudhon apparaît. Il est « mort à l’ennemi », comme 120 autres camarades de régiments, le 22 mars 1915 près de Badonviller. Il est enterré à la nécropole nationale de ce village de Meurthe-et-Moselle. Comme 2 652 autres soldats français.
« Nous avons voulu nous rendre sur les lieux avec ma mère », raconte Catherine Grisel. « C’était important d’aller se recueillir. Nous avons apporté un bouquet de fleurs avec un ruban tricolore. Elle ne pensait pas qu’elle le retrouverait un jour. C’était un très grand moment d’émotion ».
Jules est mort le 22 mars 1915 à l’âge de 22 ans. Son frère cadet qui s’est engagé beaucoup plus jeune, est décédé en mai de cette même année à l’âge de 19 ans.
Fou de douleur, leur père Paul a alors tout quitté pour s’engager à son tour dans la guerre. Il voulait venger ses fils, comme on le racontait dans cette famille vésulienne. À l’âge de 56 ans, il s’est donc présenté au dépôt du 42e régiment de Besançon où il demanda à partir au front.
Il fut alors envoyé à Salonique où il a été blessé plusieurs fois. Sa vaillance lui a valu la médaille militaire et une proposition de Légion d’Honneur. Le pauvre homme a été victime de deux accidents du travail en rentrant de la guerre. On raconte sa bravoure dans les colonnes du journal vésulien de 1947.
« Je n’ai pas retrouvé la trace d’André, le frère de Jules. Mais c’est déjà beaucoup d’avoir pu savoir où se trouvait mon grand-oncle. Quand on est dans la nécropole, on se dit que c’est une histoire qui est loin d’être unique. Combien de familles ont vécu ça ? Combien de soldats ont été enterrés sans même de sépulture ? C’est une chance d’avoir pu retrouver celle-là ».
Source : L'Est Républicain